Interview de Gaëlle Fonlupt


 Cinq questions à l'auteure



Quand avez-vous découvert votre goût pour l’écriture ?

Je n’en ai pas clairement souvenir, assez tôt, je crois. Depuis ma sortie de l’enfance je déverse mes trop plein émotionnels sur le papier, exutoire à mon hypersensibilité. Pour ne pas perdre les traces de l’enfance aussi peut-être. J’ai empilé comme cela des centaines de pages de journal intime, de nouvelles, de poèmes, de bouts de romans sans avoir jamais rien osé en faire. Ce n’est que récemment que je me suis décidée à franchir le pas de la publication. Non pas que je me sentais plus légitime qu’avant, mais parce que j’avais un message à porter.

 

Pourquoi avoir choisi de traiter de la psychiatrie ?

Le thème de l’enfermement (que ce soit en prison ou en psychiatrie fermée) me tient particulièrement à cœur. Je trouve que la privation de liberté porte en elle une violence inouïe dont nous n’avons pas toujours conscience. La psychiatrie est parfois un lieu aliénant où, souvent par manque de moyens, par manque de temps soignant, s’insinue une maltraitance institutionnelle qui détruit les patients au lieu de les soigner. J’en ai été témoin. Je voulais porter ce message.

La question de la frontière entre normalité et folie est en outre quelque chose qui m’interpelle depuis longtemps. Cette frontière est non seulement subjective, mais ténue et mouvante. Je pense que personne n’est à l’abri d’un basculement en dehors de ce qui est admis par la norme. Un traumatisme, les affres d’une passion amoureuse, un deuil ou tout autre choc émotionnel peuvent provoquer ce basculement. L’enfermement accroît ce risque. Le confinement nous l’a montré…


Quels sont les auteurs ou les livres qui vous ont inspirée ?

Il y en a tellement ! Si je devais choisir je dirais Flaubert pour la force interne du style, Maupassant pour la beauté de la langue, Camus pour la sensualité de la plume, la façon d’être au monde, Duras pour la musicalité lancinante, Yourcenar pour la richesse de l’univers et la précision des images, Steinbeck pour la puissance des dialogues entre autres… J’aime aussi particulièrement les univers de Kundera, Pouchkine et Tchekhov. 

Belle du seigneur d’Albert Cohen a longtemps été un de mes livres de chevet.

Je ne vous parle pas de poésie, la liste serait trop longue !

 

Quelle est la place de la lecture dans votre vie ?

Essentielle ! Je suis originaire d’une famille modeste (avec un papa cheminot), mais qui a toujours considéré que le livre était le seul luxe indispensable. Ma mère nous lisait une histoire chaque soir et nous répétait qu’avec un livre on n’était jamais seul. Je lui suis infiniment reconnaissante de m’avoir transmis l’amour de la lecture. J’ai beau avoir une vie pleinement remplie et épanouissante, la lecture m’est toujours aussi vitale.

 

Quels sont vos projets d’écriture ?

J’ai commencé à écrire un deuxième roman qui parle notamment de ségrégation (un autre sujet qui m’est cher) et vous fera de nouveau voyager entre Europe et Asie.